L'impact de l'intelligence artificielle sur la pratique professionnelle : l'exemple de la fiscalité

Dernière mise à jour : 9 mars 2021

La disruption numérique

Connaissez-vous le phénomène de disruption ? En électricité, il s’agit de l’ouverture brusque d’un circuit électrique. Ce qui se traduit plus généralement par un bouleversement ou d’une rupture qui instaure une forme de chaos dans les procédés et les formes d’organisation traditionnels ou dominants à un moment donné dans l’évolution des interactions sociales humaines. L’influence du numérique sur notre mode de fonctionnement représente probablement la principale figure contemporaine de la disruption. Avec la disruption numérique et l’intelligence artificielle, nous avons plongé dans le monde des applications, du code et de l’analyse des interactions humaines à l’aide des algorithmes. La disruption numérique s’est attaquée à de nombreux aspects de nos vies. Nous voulons dans cette chronique nous attarder sur les changements que les algorithmes produisent déjà et pourraient encore produire sur l’analyse et le traitement de l’information dans la pratique professionnelle notamment de la recherche en matière fiscale ou juridique et de son impact sur la pratique du conseil fiscal et même du droit en général.

L’incursion dans nos vies de la disruption numérique

Si le terme vous semble étrange, le phénomène lui nous est de plus en plus familier dans bien des domaines et ne touche d’ailleurs la recherche en matière juridique ou fiscale qu’en dernier ressort. Pensez à Uber dans l’industrie du Taxi, même dans un domaine aussi sensible que la santé avec la télémédecine, les algorithmes aident non seulement à conserver les informations concernant le dossier médical du patient mais aussi à les traiter. L’intelligence artificielle permet d’établir le diagnostic et à le prédire en dressant un rapport sur l’état de santé quasi quotidien du malade. Plus qu’un carnet de santé électronique, on pourrait quasiment être assister d’une infirmière spécialisée au quotidien. Voilà qui pourrait désengorger nos cliniques! Bien que le chemin reste long à parcourir, la disruption touche également l’agriculture, l’éducation ou le consulting. Bien des domaines font l’objet de défis similaires et même de transformation complète. Nous y reviendrons probablement dans d’autres chroniques. Pour l’instant, notre intérêt porte sur la pratique professionnelle notamment en matière de fiscalité.

Pratique traditionnelle et gestion des données

Pour comprendre la portée de la disruption dans la pratique professionnelle, il convient de faire quelques mises au point. Rappelons qu’un des rôles majeurs d’un bureau d’avocat, de notaire ou de comptable ou de fiscaliste est de fournir de la connaissance, d’analyser l’état actuel d’une question, de faire un rapport afin d’évaluer la probabilité de gain ou d’échec de son client. Or, en arriver à une bonne capacité d’analyse et de traitement des données afin de fournir une probabilité qui se rapproche de l’état de la question nécessitent des heures voire des jours de travail. La recherche de l’information juste, l’analyse et le traitement de celle-ci font partie intégrante des honoraires payées par les clients. Pour ce faire, le professionnel lit et passe au travers de nombreuses décisions et/ou de nombreuses bases de données. L’utilisation adéquate de ces sources exigent d’ailleurs de longues heures de formation dans les différentes facultés de droit, de comptabilité et de fiscalité tant pour les étudiants que pour les professionnels. Les bureaux prennent pour ce faire divers abondements payant afin d’avoir accès à de l’information juridique. Bien souvent, même un jeune professionnel n’est pas toujours totalement apte à passer adéquatement au travers de ce processus de recherche, d’étude et de prédiction des chances d’échec et de gain. Une précision importante doit être faite: l'intelligence artificielle ne remplace pas l'humain. En fait, le déploiement de l'intelligence artificielle nous montre probablement à quel point nous nous sommes trompés sur la nature de l'apprentissage et de même de l'éducation en générale.

L'apport de la disruption numérique

L’intervention des algorithmes dans la recherche et dans la pratique professionnelle relève d’un cas typique de rencontres tectoniques. Le métier de conseil ne disparaît pas totalement, mais il ne saurait être pratiquée comme il l’a toujours été avec la disruption numérique. En effet, le recours à l’intelligence artificielle pourrait abolir les heures de formation à l’usage de bases de données traditionnelles. Il pourrait aussi éviter de passer un temps fou à tenter de mémoriser et de comprendre les nombreuses décisions pertinentes à une situation (décisions de principe et leur application). En effet, un grand nombre de choses sont devenues programmable notamment la possibilité même pour un algorithme d’intégrer toutes les décisions, de les analyser et de fournir des hypothèses de travail proche de celui d’un professionnel. Imaginez un monde dans lequel vous fournissez les données de la situation que vous vivez et le système algorithmique est capable de fournir non seulement l’état de la jurisprudence, donc de l’interprétation du droit positif sur la question, de traiter l’information et de vous fournir la probabilité de réussite ou d’échec en fonction des éléments fournis. Et avec un peu d’intelligence, les citoyens seraient capables d’y arriver par eux-mêmes. Ces nouveaux logiciels font des rapports de prédictions et des analyses afin de déterminer potentiellement dans quel sens pourrait être prise une solution dans un éventuel litige. L'intervention des algorithmes permet de laisser à la machine la fonction de mémorisation et de calcul dont on voit nettement les limites lorsque vient le temps de gérer une quantité massive et complexe d'information. Le professionnel pourra alors utiliser son temps à autre chose et même à trouver des solutions créatives avec des outils qui traitent une grande quantité d'informations en quelques minutes. C'est bien ce que nous démontre l'exemple de Blue J. Tax développé dans l'Ontario.

L’exemple de Blue J. Tax de Toronto

Connaissez-vous Blue J Tax ? Peut-être que non. Pour ceux qui ne connaissent pas voici une petite description. L’outils permet de faire le point sur les décisions qui ont été rendues dans un domaine de la fiscalité notamment. Il permet également de connaitre l’état d’une question précise en résumant les principes applicables en quelques phrases simples. L’algorithme, après étude des données, fournit un rapport. Non seulement le rapport permet d’avoir des tendances, mais il donne également la possibilité de modifier le résultat en changeant les données de la problématique. L’outil ne donne pas seulement une analyse descriptive, il offre la possibilité de graduer les données et les critères d’appréciation des données étant entendu que toutes les informations dans un ensemble de données n’ont pas la même importance. De manière visuelle, il est alors possible d’apprécier les chances de gain ou succès en fonction de leur importance selon les faits et la jurisprudence développée autour de la question. Un outil similaire existe en France sous le nom de Doctrine.fr Il y a ici un début de solution a la sempiternelle complexité du droit, de la fiscalité ou la comptabilité. Face à un tel développement, on est porté à croire que tant la pratique dans les bureaux, la formation des étudiants à la recherche que les sites de vulgarisation de l’information juridique du public tel Éducaloi ont l’air totalement dépassés et relèvent quasiment d’une autre époque.

Il est vrai que l’outils tel qu’il existe aujourd’hui est davantage tourné vers les professionnels et les gros bureaux ou des comptables et de fiscalistes ayant de l’expérience. Cependant, l’existence même d’une telle plate-forme avec les possibilités qu’elle regorge donne une idée des développements futurs possible de la pratique professionnelle, de la comptabilité ou de la fiscalité. En outre, L’outils de Blue J. Tax ne concerne pour l’instant que certains aspects de la recherche. L’exploitation de la base de données est restreinte à des domaines bien précis. Cependant, à y regarder de plus près, rien n’exclut qu’une telle façon de procéder ne s’étende à d’autres aspects et domaines de la pratique professionnelle.

Pensez-vous qu'un outil comme Blue J. Tax devrait être démocratiser et élargi à plus de monde et davantage de domaine ? Pensez-vous que la disruption numérique dans la pratique professionnelle contribuera à son amélioration ?



NDLR : article également publié sur joellemanekengtawali.com

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